Le destin de Cassandre – Chapitre XI – Par Nuage

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Chapitre XI

Jusqu’à la porte nous avançons à quatre pattes, une fois sorties Naïma me fait signe de me relever et c’est à grandes enjambées que nous suivons les deux soldats vers un avenir un peu plus doux que le passé, du moins je l’espère. Cette grande et belle noire ne semble pas maltraitée même si elle craint le Vizir.

« Ton nom est Cassandre, n’est ce pas ? »

J’acquiesce d’un sourire.

« Je dois te prévenir, attends toi à la jalousie des autres, tu es belle, blanche de surcroit, les autres femmes vont vouloir te faire plier pour que tu n’approches pas le Sultan. J’ai entendu le Vizir, te dire que tu allais devenir concubine, c’est une place très recherchée et celle de favorite encore plus ! Apprends autant que tu peux et même plus ! Il te faudra user de la ruse pour percer dans ce monde de femmes et tu dois avant tout plaire à la Bas Kadin Efendi, c’est elle qui présente les filles au Sultan. »

« La Bas Kadin Efendi ? »

« C’est la première femme du Sultan et c’est elle qui juge les filles qui sont digne d’intéresser son fils. Tout de suite après elle, vient le chef des eunuques, il n’est pas facile à convaincre lui non plus car il voit défiler un grand nombre de prétendantes au rôle de concubine ou d’odalisque. Tu sais, beaucoup de familles désirent qu’une de leurs filles entre au service du Sultan car elles peuvent ainsi avoir plus d’influence»

La porte devant laquelle nous arrivons est gardée par un mastodonte, cet homme doit au moins faire deux mètres et ses bras ont la circonférence de mes cuisses, pas de doute, je suis devant ma nouvelle prison ! Il frappe deux coups contre le panneau central, elle s’ouvre pour nous laisser entrer et je découvre un autre monde. Naïma me fait signe d’avancer.

« Viens, tu dois voir la Bas Kadin Efendi, elle t’indiquera le lieu où dormir et les tâches qui t’incomberont à l’avenir. Tu la salueras en courbant la tête et attendras qu’elle t’adresse la parole. »

Je regarde éberluée par les pièces que nous traversons, tout est magnifique, la plus petite parcelle de mur et de sol est recouverte de mosaïque, une profusion de couleur qui explose à ma vue, je n’ai jamais rien admiré de semblable, certes c’est une prison mais une prison dorée, rien de comparable avec ce que j’ai pu apercevoir des sérails lors de mes incursions dans Constantinople avec Salma. Nous avançons au milieu d’une foule de femmes qui me dévisagent – je ne suis pas la bienvenue, Naïma m’a prévenue – et qui chuchotent sur mon passage, je dois même éviter quelques crachats projetés vers moi. Il va falloir que je m’accroche mais je suis forte depuis mon séjour à la caserne, elles n’auront pas le dernier mot !

« Ainsi, c’est toi la française ! »

La femme qui vient de parler est sans âge, allongée sur une banquette que ses formes rondes dissimulent presque entièrement, elle me fait signe d’approcher d’un petit geste sec, je salue comme Naïma me l’a conseillé et me dirige vers elle. Elle a du être très belle par le passé, les traits de son visages sont très fins mais l’accumulation de douceurs sucrés et l’oisiveté ont eu raison de sa silhouette, d’ailleurs, elle picore sans discontinuer dans un plat rempli de fruits et de petits gâteaux au miel.

« Le Vizir t’a recommandée, mais sache qu’ici c’est moi qui décide ! Pour l’instant tu seras à mon service, j’aurais ainsi l’occasion de juger tes capacités à plaire au Sultan, si ce n’est pas le cas, tu seras reléguée aux cuisines. Autre chose, oublie ton prénom d’infidèle, ici, tu seras Myna. Viens donc ici, mes pieds ont besoin d’un massage, Naïma va chercher les huiles ! »

Décidément ils aiment qu’on s’occupe de leurs pieds dans ces contrées !

Je me positionne au bout de la banquette pour prendre en main l’un de ses petits pieds potelés, je vais m’appliquer, ne pas la décevoir dès le premier jour est me semble-t-il très important. Naïma revient porteuse d’un plateau rempli de petites fioles mais je ne peux lire les inscriptions, elles sont en arabes, je le parle, je le comprends mais n’ai pas encore appris à le lire, il va pourtant falloir que je me débrouille. Je décide d’humer chaque fiole et choisit la senteur de rose, une goutte au creux de la main et je commence mon massage en partant du talon pour finir par les orteils replets que j’étire un à un, je prends mon temps et elle à l’air d’apprécier si j’en crois les petits soupirs d’aise qu’elle émet allongée sur ses coussins de soie. Tout est magnifique autour de moi, chaque meuble est sculpté, ciselé de manière remarquable, le sol de mosaïque est recouvert de somptueux tapis si épais que les pieds s’enfoncent dedans, même dans ma position à genoux je ne ressens pas la dureté du sol. Pendant tout ce temps, une jeune asiatique lui fait la lecture et une autre agite doucement au-dessus de sa tête une feuille de palme pour l’éventer, manifestement la Bas Kadin Efendi aime se faire servir.

« Tu te débrouilles assez bien pour une infidèle, nous verrons tout à l’heure ce qu’il en est pour le reste du corps. Cela suffit maintenant, Naïma, tu lui feras une couche dans le quartier près du mien, je veux l’avoir à disposition ! »

J’ai le droit d’avoir un endroit pour moi, une couche pour moi seule ! Le quartier dans lequel m’emmène Naïma est séparé de celui de la Bas Kadin Efendi par une ruelle, en passant elle m’indique le hammam où les hasekis et concubines prennent soin de leur corps puis vient celui des remarquées et diplômées de l’école du harem. Le sérail est une ville à lui tout seul, c’est immense. Naïma m’indique aussi les dortoirs des eunuques, ils sont très importants ici.

« Il est primordial pour toi de ne pas te mettre à dos un eunuque, fait en sorte qu’ils t’apprécient car ils sont nos yeux et nos oreilles avec l’extérieur mais rapportent aussi tous nos faits et gestes au Vizir et pour l’eunuque principal directement au Sultan. Ce sont les seuls hommes que tu verras ici, sauf si tu as besoin d’être soignée par le médecin, il est logé dans la tour à l’autre bout du sérail. Voilà, nous arrivons dans ton quartier, c’est celui des élèves. Chaque élève a le droit à une cellule, voici la tienne. »

La pièce est petite mais claire, je m’avance sur le sol carrelé de pierres blanches et découvre la grille ouvragée de la fenêtre qui laisse entrer la lumière inondant la cour intérieure, sur le coté droit se trouve ma couche : une sorte d’estrade surmontée d’une natte, d’un tapis moelleux et de nombreux coussins, à gauche un petit écritoire en bois foncé, je ne saurais en définir l’essence mais il est de toute beauté. Le plateau est orné sur le pourtour d’une dentelle de bois plus claire, oui, on dirait vraiment de la dentelle tellement s’est ouvragé avec précision. Je m’étonne qu’un aussi bel objet soit ici.

«  Les cellules sont toutes comme la mienne ? »

« Oh, non ! Si tu es diplômée de l’école tu auras 2 pièces pour toi et si tu deviens concubine tu auras tes propres appartements avec des servantes.  »

« Je veux dire, avec de si beaux meubles. »

« Mais tu n’as encore rien vu ! Les appartements sont autrement mieux décorés. »

« Il y a donc une grande différence ? »

« Comme tu le sais déjà, il y a une hiérarchie bien établie et la différence est énorme tant en confort qu’en petits avantages. Moi, je resterai toujours ici car je n’ai pas su plaire au Sultan, je dois rester nue et servir les autres femmes du harem. Je ne me plains pas car il y a pire, les femmes en disgrâce sont reléguées aux cuisines et au ménage. Toi, dès demain, tu iras à l’école et tu auras la chance de porter une robe blanche et un voile, c’est le signe que tu étudies. Lorsque tu auras ton diplôme, tu pourras mettre une robe brodée de couleur. Cependant, n’oublie jamais que tu dois rester disponible pour les jeux amoureux avec les concubines qui le désirent, tout en gardant ta virginité. »

« Je n’oublie pas Naïma ! »

« Reposes toi, tu en auras besoin pour contenter la Bas Kadin Efendi. Un eunuque viendra te chercher quand elle en aura décidé, il faut que tu sois prête à le suive immédiatement même au milieu de la nuit. »

Naïma est partie, je vais pouvoir me reposer un peu. Je m’allonge sur le tapis, c’est doux et moelleux, quelques coussins sous ma nuque et ce sera parfait. J’ose enfin toucher mon sexe libéré de ses coutures, sous mes doigts je sens les trous laissés dans mes grandes lèvres, je ne pense pas qu’ils se refermeront avant longtemps, s’ils se referment un jour ! Lorsque je serais sortie d’ici, il ne sera pas aisé de l’expliquer à mon Chevalier, s’il veut encore de moi ! Pour l’heure, je ne peux résister au plaisir de faire jouer mes doigts sur mon clitoris privé de caresses. Je ne peux réprimer un soupir de contentement, c’est si bon !

3 responses to Le destin de Cassandre – Chapitre XI – Par Nuage

  1. Nuage said on

    2 mondes… réalité des uns… fantasme des autres… où se trouve la limite… vouloir sauter dans le vide et renoncer au dernier moment…tout n’est que contradiction…

  2. Un très beau récit qui me laisse toutefois songeur, la fiction semble parfois dépasser la réalité et cela me fait un peu peur… (sourire)

  3. myna said on

    Passé secret dévoilé au grand jour, révèle mon chemin romanesque !

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